La méthode de travail singulière de William Kentridge pour réaliser ses films d'animation est bien connue. Au lieu de faire de multiples dessins et de les projeter successivement, il part d'un seul dessin qu'il altère, efface et modifie, tandis qu’il photographie chacun de ces changements. La projection ultérieure des images permet d'apprécier ce processus de transformation et génère un dynamisme et un expressionnisme uniques, comme nous pouvons le constater dans ce triptyque visuel, dans lequel il combine ses dessins avec des images médicales et des illustrations d'époque. Kentridge s'inspire du matériel qu'il utilisa pour mettre en scène l'opéra de Claudio Monteverdi "Il ritorno d'Ulisse in patria", avec la Handspring Puppet Company, en 1998. Mais cette fois, l'artiste ne fait pas appel à la musique de Monteverdi, mais à l'un des quatuors à cordes de Ludwig van Beethoven. Comme Ulysse dans son long voyage, nous nous déplaçons à l'intérieur du corps, avec ses architectures et ses anatomies cachées, et avec ses mécanismes de fonctionnement, qui nous rappellent la fragilité de l'esprit et l'immensité qui s'ouvre sous les apparences et la surface.