En 1998, le sculpteur basque Eduardo Chillida reçoit une commande afin de réaliser une intervention publique pour le MACBA, qui avait ouvert ses portes trois ans auparavant. Chillida fait le déplacement pour visiter le lieu et étudier ses particularités. Il détecte alors que l’espace présente un point faible qui gêne l’intégration du bâtiment de Richard Meier avec le reste du quartier. Il s’agit d’un mur de béton séparant la Plaça dels Àngels de la rue Joaquim Costa. C’est là que l’artiste décide d’installer sa grande œuvre murale en céramique afin qu’elle fonctionne comme un élément d’union, comme une frontière perméable, comme un point de fugue qui nous invitera à poser le regard.
Chillida réalise de nombreux dessins préparatoires et commande la production de la pièce à l’atelier de son ami et collaborateur habituel, le céramiste allemand Hans Spinner, qui travaille à Grasse, dans le sud de la France. En utilisant la technique de la céramique oxydée, ils cuisent les plaques de béton à 1300 degrés, ils les peignent ensuite avec de l’oxyde de cuivre, puis les cuisent à nouveau à 1120 degrés. Ce processus de double cuisson attribue à ces pièces une couleur noire caractéristique et donne à l’ensemble une texture à mi-chemin entre la sculpture et la gravure. Cette œuvre murale, composée de 416 pièces, est installée à trois mètres du sol et s’élève avec force et élégance en jouant à la modulation entre le plein et le vide, entre le noir et le blanc, entre l’abstrait et le graphisme.
Chillida a toujours défendu l’œuvre publique comme une stratégie pour garantir un art à la portée de tous. Et il a travaillé obstinément pour intégrer la sculpture à son environnement. C’est ainsi que cette pièce, Barcelona, Mural G-333 [Barcelone, Œuvre murale G-333], fait à présent partie intrinsèque du paysage du Raval et de la ville. Et depuis 2014, elle partage également le mur avec une autre fresque murale emblématique de notre paysage urbain : la reconstruction de Todos juntos podemos parar el sida [Tous ensemble nous pouvons arrêter le sida] de Keith Haring, qui appartient également à la collection du MACBA.
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